Aller au contenu
L’Atelier de l’Écailler

Les huîtres triploïdes : savoir ce que l’on mange

On en parle peu. Pourtant, une grande partie des huîtres vendues en France sont des triploïdes. Il ne s’agit pas de faire peur, ni d’accuser qui que ce soit : simplement d’expliquer, pour que chacun choisisse en connaissance de cause.

L’avis de Tony

« Je pense qu’il vaut mieux en parler et informer les gens, pour qu’ils sachent ce qu’ils mangent. Sans nuire au travail des ostréiculteurs : ceux qui font des triploïdes travaillent dans les règles, et ceux qui restent sur des huîtres nées en mer méritent d’être connus. »

Diploïde, triploïde : c’est quoi ?

Une huître naturelle est diploïde : elle a deux jeux de chromosomes, comme nous. Elle se reproduit en mer, et l’été, elle prépare sa reproduction : elle devient laiteuse.

Une huître triploïde a trois jeux de chromosomes. Elle est stérile : elle ne se reproduit pas, donc elle ne devient pas laiteuse et met toute son énergie à grandir.

Comment on les obtient

Elles naissent en écloserie, pas en mer. On croise des huîtres tétraploïdes (quatre jeux de chromosomes, fertiles) avec des huîtres diploïdes : les petites qui naissent sont triploïdes.

L’Ifremer, l’institut public de recherche sur la mer, a contribué à lancer cette production au début des années 2000 et a déposé un brevet en 2007. Les naissains sont ensuite vendus aux ostréiculteurs, qui les élèvent en mer comme les autres.

Pourquoi les ostréiculteurs les élèvent

  • Elles grandissent plus vite : environ deux ans au lieu de trois.
  • Elles ne sont pas laiteuses : on peut les vendre et les manger toute l’année, même en été.
  • Elles sont plus régulières, ce que demandent beaucoup d’acheteurs.

Leur part exacte n’est pas publiée. Les estimations vont d’un tiers à plus de la moitié de la production française selon les sources.

Ce que dit la loi

  • Ce ne sont pas des OGM au sens de la loi : la directive européenne sur les OGM ne considère pas le changement du nombre de chromosomes comme une modification génétique.
  • Aucune mention n’est obligatoire sur la bourriche ou l’étiquette. En 2020, le gouvernement a renvoyé la question à la filière, qui envisageait un étiquetage volontaire.
  • Pour la santé, aucune étude n’a montré de risque pour le consommateur.

Pourquoi ça fait débat

Certains ostréiculteurs s’inquiètent de dépendre des écloseries pour leurs naissains, et doutent que ces huîtres soient toutes parfaitement stériles. D’autres défendent l’huître « née en mer », issue du captage naturel, comme on l’a toujours fait.

Un rapport parlementaire de 2017 n’a pas trouvé de preuve que les triploïdes envahissent le milieu naturel, ni de lien établi avec les fortes mortalités d’huîtres de ces dernières années.

Comment savoir ce que vous achetez

  • Demandez à votre écailler ou à l’ostréiculteur : un professionnel sait d’où viennent ses huîtres.
  • Les huîtres bio (logo AB) ne peuvent pas être triploïdes.
  • La marque « Huîtres nées en mer », portée par des ostréiculteurs traditionnels, garantit une huître issue du captage naturel.
  • En plein été, une huître qui n’est pas du tout laiteuse a de fortes chances d’être triploïde.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une huître triploïde ?

Une huître qui possède trois jeux de chromosomes au lieu de deux. Elle naît en écloserie, est stérile, grandit plus vite et ne devient pas laiteuse en été.

Les huîtres triploïdes sont-elles des OGM ?

Non, pas au sens de la loi : la directive européenne sur les OGM ne considère pas le changement du nombre de chromosomes comme une modification génétique. Leurs gènes ne sont pas modifiés.

Peut-on manger des huîtres triploïdes sans risque ?

Oui. Aucune étude n’a montré de risque pour la santé du consommateur. Le débat porte sur l’élevage et l’environnement, pas sur la sécurité alimentaire.

Comment savoir si une huître est triploïde ?

Aucune mention n’est obligatoire. Demandez à votre écailler ou à l’ostréiculteur. Les huîtres bio et celles de la marque « Huîtres nées en mer » ne sont pas des triploïdes.

Sources : Ifremer et Sciences Ouest (2013), réponse du gouvernement à la question écrite n° 24327 de l’Assemblée nationale (2020), UFC-Que Choisir (2018), Reporterre (2019).